Le projet de loi « Hôpital, patients, santé, territoires » a été adopté par L’Assemblée Nationale et il est en cours d’examen au Sénat. Nous avons tous une relation intime avec l’Hôpital public dans des moments heureux ou douloureux de la vie de nos proches ou de nous-mêmes. A Bourg, Fleyriat fait personnellement écho à la naissance de mes trois enfants et aussi à mon père, qui y fit sa carrière de médecin.
En tant qu’élu, j’ai ensuite mesuré le poids important du centre hospitalier dans une ville chef lieu d’un département et ce qu’il représente dans l’activité économique locale en termes d’emploi et d’investissement. On ne dira jamais assez qu’il est un des principaux employeurs du département avec environ mille huit cents salariés, qu’il génère les plus gros chantiers de construction sur notre agglomération, le pôle mère-enfant hier et demain un nouveau bâtiment de 13.000mètres carrés et 150 M d'euros investissement. Le centre hospitalier ne se réduit pas à Fleyriat, c’est aussi l’Hôtel Dieu et la Résidence Emile Pelicand pour héberger les personnes âgées dépendantes, c’est encore la formation dans les écoles d’infirmières, d’aides soignants, de sages femmes et de soins d’urgence. Maire de Bourg, je suis aussi devenu Président du Centre hospitalier et je peux témoigner que ce n’est pas une fonction honorifique: elle m’amène à collaborer régulièrement avec le Directeur et à présider tous les conseils d’administration, mais aussi à assurer le lien avec les autres établissements publics et privés du bassin de vie. Comme mes prédécesseurs, je m’y emploie avec volonté et même passion, car c'est un enjeu essentiel. Mais il faudra bientôt que je parle de cette responsabilité au passé.La réforme en cours de l’Hôpital public manifeste en effet une volonté du gouvernement de réorganiser les soins à marche forcée en prônant la concentration des pouvoirs de décision et un objectif de rentabilité financière à l’horizon 2012. Les médecins et les personnels soignants se mobilisent pour dénoncer ces dérives. Le Président de la République s’est donc montré rassurant dans un récent discours, mais ses quelques concessions ne modifient en rien l’esprit de cette réforme. Il s’agit toujours de nommer en conseil des ministres « un patron et un seul à l’hôpital » supervisé par les agences régionales de santé, c'est à dire le minisytère: c'est donc une étatisation de l'hôpital, avec une idée fixe: faire des économies. Je n’en fais pas une affaire de principe, mon opinion sur se sujet s’est forgé à l’épreuve des faits mais j’aimerais qu’on m’explique en quoi l’actuel fonctionnement collégial du centre hospitalier de Bourg -où siègent et votent les médecins, les syndicats, les élus et les représentants des usagers- l’a empêché de remplir correctement sa mission de santé publique et de développer des projets tout en se souciant d’une gestion financière rigoureuse...!?Quant aux effets de cette réforme sur l’égalité d’accès aux soins, il est temps de s’en inquiéter tant les réformes de ce gouvernement sont systématiquement guidés par un modèle de société à deux vitesses qui n’a jamais été celui de notre pays et n’a jamais nui à la recherche médicale et la renommée mondiale de la chirurgie française. Cette année, à Fleyriat, les dépenses augmenteront de 1?6% (c'est à dire très peu), mais les recettes baisseront de 1,6%, parce que l'Etat a décidé de baisser de 3% le prix des prestations versées !! C'est intenable et c'est, à court terme, la casse de l'Hôpital public.La logique est claire: en agissant ainsi, le gouvernement engage une spirale infernale, qui envoie aux cliniques privées les spécialités rentables et à l'hôpital les dépenses de service public et les actes couteux.Oui, la santé a un coût croissant qu’expliquent les progrès de la médecine et le vieillissement de la population -qui augmente le besoin de soins. Il faut arrêter d’insinuer en permanence cette idée générale, fausse et dangereuse, que les services publics seraient forcément ingouvernables et sources de gaspillages. Je me souviens d’un chroniqueur radio qui vantait les mérites du libéralisme et de la saine concurrence dans tous les domaines, jusqu’au jour où il a été accidenté et qu’il a ensuite rendu des hommages appuyés à notre système de santé qui l’avait sauvé puis soigné.Personne ne peut dire que rien ne doit changer, mais je me fais l’idée qu’une réforme doit toujours et avant tout être un progrès pour l’homme.